La répétition

Au centre du motif, un cheval, dont la demi-pénombre éclaire la robe soyeuse et laisse deviner la perfection des courbes et la puissance des muscles. Au son de la kora, légendaire harpe-luth africaine, débute un charnel pas de deux entre l’homme et la bête. Montant un majestueux lusitanien, une écuyère se joint à l’adage. Dans un cerceau en apesanteur une créature agile se cabre et s’ébroue. A terre, une grappe de danseuses évolue sur le sable avec la fluidité d’une onde. Un instant d’harmonie onirique qu’interrompt l’intervention fracassante d’une jeune fille brandissant une torche vers le public : interpellant la galerie, elle s’annonce comme une comédienne déçue de ne pas avoir été retenue à l’audition. Mais quelle audition ? Depuis quand les recalés du casting jouent les invités surprises à la Première ? Furibond, le metteur en scène surgit à son tour pour chasser l’intruse de la scène, de SA scène, celle où il est en train, tant bien que mal, de procéder à l’acte sacro-saint de LA CREATION ! Car oui, Mesdames et Messieurs, ce qui se déroule sous vos yeux ce soir, c’est bien le spectacle en train de se faire : vous êtes tombés en pleine répétition !

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La date de la couturière approche et le metteur en scène a des cheveux à se faire : entre la jongleuse qui fait tomber ses balles avec une ironie contrariante, la chanteuse réaliste qui tient absolument à caser son répertoire à toutes les sauces, les acrobates qui font les clowns (ou bien est-ce l’inverse ?), la trapéziste encore très téméraire mais déjà largement périmée, le flûtiste qui slalome entre les quilles et le poney qui se prend pour Phèdre… Pauvre damné du diable que ce metteur en scène-là ! Et pour ne rien arranger à ses désarrois d’artiste incompris, voilà que dès qu’il tourne le dos, il y en a forcément pour venir essayer de lui chiper la vedette : les percussionnistes font du tapage pendant qu’une nymphe (à la crinière platine) debout sur un cheval (à la crinière platine) s’essaye au jonglage, les acrobates traversent le plateau de cour en jardin et de jardin en cour avec une célérité d’étoiles filantes, et lestes comme des grâces, la dresseuse de rubans et la fil-de-fériste laissent bouche bée ceux qui assistent, dans un silence captivé, à leur numéro féérique…

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Invitation à visiter les coulisses de la préparation d’un spectacle ou malicieuse mise en abyme de l’acte de création artistique, La répétition dévoile avec humour, esprit et poésie une partie des secrets de la vie d’une compagnie : les fous rires et les coups de gueule, les ratés et les miracles, les vacheries hors champ et les coups de pouce à point nommé, l’artiste passion de charmer et l’énergie paradoxale du trac... Dans La répétition, tout est vrai et tout est faux, tout est réglé au millimètre près et en même temps tout peut basculer à la faveur d’une opportunité.

La répétition, c’est la vie dans le spectacle et le spectacle dans la vie, en quelque sorte !