Depuis quelques jours, j'avoue que la question de l'identité nationale me taraude, m'interpelle, m'indispose aussi dans le traitement qui en est fait par le pouvoir sarkozyste.
Je n'aime pas cette pente savonneuse sur laquelle dévalent les idées faciles, notamment celles qui attisent nos craintes face à l'autre, face à la différence. Je hais cette tentative de récupération électorale. Cette volonté de dresser des Français contre d'autres Français.
En contre-point, j'ai aimé le discours de Jean-François Khan à Arras. Je l'ai aimé car il faisait référence aux grandes batailles de l'Artois pendant la Grande Guerre, non que j'aie l'esprit belliqueux, ni aucune sorte d'attirance pour le fait militaire mais il rendait hommage aussi à la légion étrangère et à Blaise Cendrars. JFK avec son talent d'extraordinaire orateur saluait ces "étrangers" qui avaient décidé de se battre pour la France au nom d'un idéal que notre pays représentait à leurs yeux. J'ai aimé ce discours pour cette conclusion qui, depuis, résonne en moi comme une question à approfondir :
"Qu'est-ce qu'un Français ? La vérité, c'est que l'on ne peut pas répondre, tellement la réponse est complexe, tellement c'est une histoire de mélanges et d'état d'esprit. C'est le fait que l'on ne peut pas répondre sur ce qui fait, en profondeur, l'identité française."
Hier c'était Noël. Ma mère, bien inspirée, m'a offert un livre qui manquait à ma bibliographie. Morvan Lebesque, Comment peut-on être breton ? Essai sur la démocratie française. Editions POINTS.
En pleine réflexion sur l'identité française, en pleine élaboration d'un projet breton pour les régionales, l'ouvrage ne pouvait mieux tomber et la préface de l'auteur se termine par ceci : "On l'a compris la question est : Comment peut-on être français ? Ou mieux encore, et c'est la définition de la démocratie : comment peut-on, parmi les autres, être soi-même ?"
La réponse est sûrement quelque part, entre les étrangers de la colline de Vimy et les interrogations de Morvan Lebesque. Affaire à suivre.
À propos du format ICS
Commentaires
Ça me fait plaisir de voir un "jeune" citer le nom de Morvan Lebesque. Lebesque était journaliste au "Canard enchaîné" dans les années 60-70. C'était une grande plume, un homme intègre et un esprit libre. Né dans un milieu très modeste, il avait profité de l'instruction publique mais s'était aussi beaucoup formé par lui-même. Défenseur actif et engagé de l'autonomie bretonne (il a inspiré un album du groupe Tri Yann), un temps égaré pendant l'Occupation, il était profondément humaniste et a su faire vibrer, aux grandes heures du "Canard", un nombre considérable de lecteurs par ses billets hebdomadaires. Au final, c'était un grand bonhomme.
Ch. Romain (Nanterre)